Louis Aragon.
jeudi 23 juillet 2009
Fein Liebchen, gute Nacht.
Celle que j'aime. Il se répétait ces mots qui signifiaient, enveloppaient, résumaient tout. Celle que j'aime. Il tremblait. Il se demandait ce qui lui arrivait. Un homme enfin... un grand garçon comme lui. Il sentait ce qu'il aurait fallu faire pour s'arrêter sur cette pente, pour en finir avant d'avoir commencé... Voyons, c'est bien simple, c'est facile... Il savait qu'il pouvait encore détourner le cours de ses pensées... il était encore son maître... bientôt il ne le serait plus... Il suivait la lumière sur les bras de Bérénice. L'éclairage changea. Bête comme un clair de lune. C'en était un d'ailleurs. Aurélien pouvait aussi changer l'éclairage, il le pouvait... Il ne le voulait plus. Tout se précipitait. Quel chemin parcouru déjà depuis cet instant, tout à l'heure, quand l'aveu lui était sorti des lèvres en parlant avec Armandine, sans qu'il l'eût même pensé! Cette femme immobile, étrangère, si voisine et si lointaine, cette silhouette encore non familière, cet être à peine vivant pour lui. Il ne la reconnaissait pas, il ne la reconnaissait même pas. Il n'avait même pas pour elle un grand entraînement. Le vertige était ailleurs. S'il avait envie pourtant de l'entourer de ses bras, de la serrer contre lui, ce n'était pas comme avec les autres femmes, un besoin de prendre, cette sauvagerie qui pousse à mordre, à étouffer. Non. C'était comme la faim, une faim négative, un manque atroce, un désespoir.
Louis Aragon.
Louis Aragon.
Saut du lit à
21:50
